Espéranto et laïcité

Publié le par DesVeys

Lorsque j’étais normalien sortant j’ai participé à un stage dans un Centre d’Entrainement aux Méthodes d’Éducation Actives. Le directeur de ce stage nous avait posé une seule question : « Quelles sont les religions que vous connaissez ? » Naturellement les réponses avaient fusé : catholique, protestante, juive, musulmane, hindouiste, confucianiste, bouddhiste, shintoïste, taoïste, athéiste, agnostique, vaudou, animisme... (Je ne les cite pas toutes ce serait fastidieux, présomptueux et probablement incomplet tant la définition du terme de religion est imparfaite et difficile). A chaque réponse, le directeur inscrivait le nom proposé au tableau qui fut bien sûr, totalement rempli à la fin de la séance. Alors le directeur entourant tout cet ensemble de noms conclut en disant : « Eh bien la laïcité c’est tout cela ! La laïcité c’est justement la reconnaissance et le respect de toutes ces religions quelques soient leurs importances relatives. » Le laïc c’est celui qui s’extrait de la croyance dans son rapport avec les autres, qui refuse d’établir des hiérarchies dans les croyances, qui les accepte toutes et n’en privilégie aucune, qui considère que le rapport à la divinité, si elle existe, ne peut être qu’individuel et n’a pas à être rendu public car il relève de l’intime et concerne le moi profond ce qui doit le mettre hors du jeu du jugement humain et le garantir ainsi de toute agression éventuelle concernant sa propre attitude face aux religions.

Lorsque j’ai redécouvert l’Espéranto j’ai compris que son créateur était aussi un être profondément laïc. Zamenhof avait constaté les incompréhensions dues à la méconnaissance des langues parlées dans sa ville natale de Bialystok : le russe, le polonais, l’allemand, le yddish. Il a reconnu à chaque langue sa richesse et son originalité, il a compris que pour dépasser la barrière des langues il devait s’appuyer sur toutes les langues qu’il connaissait afin d’en extraire leur génie commun, non pour le remplacer bien sûr mais pour permettre à ses locuteurs d’avoir à leur disposition un outil de communication qui leur permette de se comprendre : une langue-pont qui passerait par-dessus cette barrière des langues dont le monde souffre tant. Il est donc parti des douze langues qu’il connaissait pour créer cet outil dont il espérait la généralisation universelle. N’est-ce donc pas en ce sens que l’on peut dire que l’Espéranto est aux langues ce que la laïcité est aux religions ou en d’autres termes que l’espéranto est la laïcité des langues de même que la laïcité est l’Espéranto des religions ?

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