Edito

Publié le par DesVeys

Il s’est passé de longs mois depuis notre dernier numéro de Rhuys Esperanto… et maintenant 5 mois depuis ce 7 janvier qui a vu la liberté d’expression si cruellement attaquée…Il n’y a bien sûr aucun rapport entre le numéro 9 de notre publication et Charlie Hebdo si ce n’est qu’il s’agit néan-moins de publications totalement libres ce qui explique que j’aie réagi le 7 janvier au soir en écrivant sur la liste de diffusion d’Esperanto Bretagne : « Mi estas Charlie ». (Je suis Charlie)

Ce à quoi d’autres espérantistes ont immédiatement répondu : « Ankaux mi estas Charlie » (moi aussi je suis Charlie) ou même : « Ni cxiuj estas Charlie ». (Nous tous sommes Charlie) Que signi-fiaient donc ces « Mi ou Ni estas Charlie » ?
Tout simplement selon moi une réaction horrifiée à un attentat si terrible qu’il ne pouvait qu’entrainer un sentiment immédiat de solidarité avec les victimes. Le raccourci de l’expression est là pour té-moigner du caractère réactif de ce sentiment. Mais il me semble aussi évident que, parmi tous ces « Charlie » qui se sont manifestés les jours suivants, tous ne le faisaient pas avec la même arrière- pensée…Je voudrais ici préciser la mienne.
C’est vrai que sémantiquement, dire : « Je suis Charlie », est un non sens pour moi. Le dire n’est donc qu’une façon symbolique de dire « je suis complètement solidaire des dessinateurs et des journalistes de Charlie Hebdo » même si je dois ajouter après que je ne partage pas toutes leurs prises de position et/ou leurs analyses et si je n’apprécie pas non plus tous leurs dessins. Mais il reste que la liberté d’expression (même si c’est un « gros » mot il faut bien l’employer), est une con-quête si précieuse que l’on ne peut à aucun moment la laisser à l’abandon. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. J’entends bien ceux qui disent que la liberté s’arrête où commence celle des autres mais de là tuer l’autre pour une insulte ou un blasphème il y a décidément un pas qui doit rester absolu-ment infranchissable et qu’il faut toujours dénoncer.
De plus comment accepter qu’un homme quel qu’il soit, s’arroge le droit de parler au nom d’un autre (fut-il prophète) ou même au nom de Dieu ? Dieu est (ou n’est pas) Dieu et l’homme est homme. Les affaires de Dieu relèvent de Dieu et les affaires des hommes relèvent des affaires des hommes, les interactions entre les deux ne doivent se faire qu’au niveau individuel et les religions (qui sont sensées relier les hommes) feraient bien de s’interroger sur la façon dont elles peuvent générer de telles attitudes fanatiques et proprement inhumaines…Malheureusement en effet l’His-toire est là pour nous rappeler combien d’hommes sont morts au nom de religions : les guerres du même nom en France, les pogroms dans les Balkans ou en Pologne, les massacres des Sikh, des Kurdes…(la liste est décidément trop longue pour que je la continue). Et malheureusement aussi on voit parfaitement que prêcher de la tolérance ne suffit plus. Le progrès humain est-il donc une totale illusion ? Ou bien nous faut-il « avoir la force de penser que le meilleur est à venir » ?
Etant d’un naturel optimiste je préfère opter pour la deuxième solution…
Francis Desmares

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